Dangerous Game

Lydia et Steven sont des personnages de forum que j'adapte. Le forum

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Lo

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# Posted on Monday, 09 February 2009 at 6:44 PM

Edited on Monday, 30 March 2009 at 3:01 AM

Règle n°1 : Etre matinale

Règle n°1 : Etre matinale

Je n'aimais pas le matin. Déjà, parce que le matin, il était tôt. Ensuite, parce que le matin, c'était le moment de la journée où la gueule de bois était terrible et où on devait faire comprendre au garçon avec lequel on avait passé la nuit qu'il était temps de rentrer chez lui et de ne pas chercher à nous rappeler.

Je n'aimais le matin qu'à partir de 13h, heure à laquelle je me réveillais systématiquement après le départ de ces garçons. Beaucoup diraient que ce n'est plus le matin, mais je ne leur demandais pas leur avis.

Je n'aimais pas le matin et pourtant, ce jour-là, il était 8h lorsque je quittai mon appartement pour marcher vers notre parc, à elle et moi. J'avais, bien entendu, la gueule de bois et boire du jus d'orange et me brosser méthodiquement les dents n'avait rien changé au fait que j'avais la bouche pâteuse.

J'avais naïvement imaginé que prendre l'air me ferait du bien et que mes chères Benson calmeraient mon mal de crane. C'est beau de rêver, mais je tentai quand même l'expérience, juste au cas où.

La clope au bec, je marchais, maudissant le soleil d'être aussi lumineux. Quel prétentieux! On savait tous que c'était le plus grand astre du système, pas la peine de nous aveugler!

J'étais d'humeur à râler aujourd'hui, surtout que j'avais beau espérer que l'air vivifiant du dehors me fasse du bien, j'aurais préféré tenter l'expérience beaucoup plus tard dans la journée. Elora allait le regretter.

Ma chère meilleure amie n'avait rien trouvé de plus judicieux que de m'appeler à 7h du matin un lendemain de soirée pour me demander de la rejoindre à ce parc à 8h30. Pourquoi? Allez savoir ce qu'il se passe dans sa tête, des fois!

Tirant avidement sur ma cigarette, j'essayais de mettre en marche mon cerveau pour chercher différentes horribles façons de l'assassiner, mais en vain. La fumée ne dissipait décidément pas les restes d'alcool. Vaincre le mal par le mal? C'est ça, ouais.

Arrivant au parc où ma meilleure amie et moi avions passé le plus clair de notre temps, je m'assis sur une balançoire. Il y avait peu de choses qui restait de mon passé, j'avais tiré un trait sur tout ce qui pouvait me faire penser à mes parents ou autre le jour où j'avais décidé de déménager.

Mais ce parc, je n'avais jamais réussi à le rayer de ma vie. Peut-être parce que c'est le notre à Elora et moi. Ou peut-être parce que c'était l'endroit où j'avais pris une décision sensée changer ma vie : Ne plus jamais, jamais tomber amoureuse.

Je n'étais pas nostalgique. De toutes façons, je me sentais bien trop nauséeuse pour ça. Le passé était le passé, rien ne servait de le ressasser. Comme tout rebelle qui se respectait, j'étais tournée vers le présent et il devait avoir une teinte d'avenir pour me satisfaire. Ce parc avait cette touche de futur, dans la mesure où il était le siège d'une promesse et le berceau d'une amitié éternelle.

Alors, ce parc était parfait.

Ma cigarette était finie, je la jetai à terre avant d'appuyer mes paumes sur mes yeux afin de les rafraîchir et peut-être calmer la douleur. J'aimais Elora comme une soeur, mais ça, elle allait le regretter. J'avais forcément du faire quelque chose la veille qui la pousse à la vengeance, c'était obligé. L'ennui, c'était que je ne m'en rappelais pas.

- BOUUUUUUH! Hurla alors sa voix, me faisant sursauter.

Elora était féline, elle savait approcher furtivement de ses proies. Furieuse qu'elle m'ait crié dans l'oreille et que mon mal de crane ce soit intensifié, je la frappais à l'épaule avec la paume de ma main, sans ouvrir les yeux.

- T'es condamnée, tu le sais, au moins? Lançai-je d'une voix rendue grave par l'alcool de la veille et la cigarette.

Cet article est court car il s'agissait juste d'une présentation de Lydia. Les prochains seront beaucoup plus longs. C'est pourquoi ils pourront mettre du temps à arriver parfois. Soyez patients, je suis perfectionniste, j'aime vous donner un écrit travaillé et réfléchi. C'est pourquoi vos avis serons très importants pour moi et que j'aurais besoin que vous me disiez quand quelque chose ne va pas. Je suis adepte des commentaires constructifs.
Bisouuuus
Lo

# Posted on Tuesday, 10 February 2009 at 3:11 AM

Edited on Friday, 31 July 2009 at 3:09 PM

Règle n°2 : Etre amicale

Règle n°2 : Etre amicale

Son rire cristallin retentit dans le parc. Elle n'avait que faire de mes menaces, elle était aussi insouciante que j'étais râleuse.

- Tu ne me tueras pas, je suis la seule personne que tu aimes.
Répondit Elora, confiante.

Je ricanais, comme si ce qu'elle disait était absurde, mais le coeur n'y était pas. C'était vrai, je n'aimais personne. Je pouvais me passer de n'importe qui, excepté ma soeur, Nola et ma presque-soeur Elora. Et comme je ne voyais plus Nola depuis que j'avais claqué la porte de mes parents, autant dire qu'il ne me restait qu'Elora.

- J'ai toujours rêvé de devenir sans attaches.
Dis-je d'un air menaçant en laissant le soleil m'agresser les yeux.

Éblouie, je clignai plusieurs fois des paupières en plaçant une main devant l'astre. Elora éclata à nouveau de rire. Elle était matinale, la petite, aujourd'hui, dis donc.

- Si c'était le cas, Grincheuse, tu ne te serais jamais pointée. En plus, t'es impuissante quand t'as la gueule de bois
. Répliqua-t-elle d'un air triomphant.

Je ne relevai pas et pris une nouvelle cigarette avant d'en proposer une à Elo'.

- Non, pas de bon matin... Et tu devrais suivre mon exemple.
Lança-t-elle alors que j'allumais la mienne.

Je haussai les épaules et tirai longuement sur ma clope. Elo' n'était pas l'enfant modèle pour laquelle elle se faisait passer. Elle trompait tout son petit monde, mais elle et moi savions très bien qu'au fond, elle maîtrisait la débauche encore mieux que moi.

Elora n'était pas une suiveuse. Contrairement à ce que beaucoup pouvait penser, ce n'était pas moi qui lui apportais les problèmes ou qui la dévergondais. Il lui arrivait de se lancer dans des situations improbables et de s'en sortir comme une chef. Elle se cachait derrière un air naïf qui en trompait plus d'un et obtenait toujours ce qu'elle voulait. Toujours. Cela ne faisait pas d'elle une hypocrite, juste quelqu'un qui assurait ses arrières.

Moi, je n'avais pas autant de considération pour ce qu'attendaient les autres de moi. J'étais un vrai bulldozer qui récupérait ce qu'elle voulait par la violence, s'il le fallait. Ou tout du moins, par la menace, puisqu'en réalité, il fallait vraiment m'énerver ou que je sois ivre pour que je frappe.

- Ne joue pas aux enfants de coeur avec moi, Elo', je te connais mieux que personne. Tu n'es pas un exemple à suivre. Déclarai-je.

Elle leva les yeux au ciel et s'assit sur la balançoire d'à côté en soupirant. Nous restâmes un moment silencieuse, appréciant le calme du matin dans le parc. Dans deux heures maximum, il serait rempli d'enfants surexcités et gueulards qui monteraient de partout, se bagarreraient ou autres puérilités du genre. Je détestais la marmaille.

J'avais presque oublier qu'Elora m'avait demandé de venir pour une raison précise avant qu'elle n'ouvre la bouche.

- N'empêche, j'ai eu du mal pour venir, ce n'est pas pratique avec une voiture.
Dit-elle en retrouvant l'enthousiasme qu'elle avait perdu pendant qu'elle reposait son cerveau.

Enfin, c'est ce que j'ai toujours pensé qu'elle faisait lorsqu'elle restait silencieuse plus de trois minutes.

- Depuis quand tu as une voiture?
Demandai-je en haussant les sourcils.

Elora avait passé son permis juste après avoir atteint sa majorité, mais n'avait jamais pris la peine de demander ou de s'acheter une voiture, comptant toujours sur tout le monde pour la prendre ou la déposer quelque part.

- Depuis que j'ai demandé à mon copain de m'en offrir une.

- Et depuis quand tu as un copain? M'étonnai-je
- Trois jours. Il s'appelle Greg.

Elle me fit un sourire innocent tandis que j'ouvrais grand les yeux, atterrée par la facilité avec laquelle elle parvenait à avoir n'importe quoi de n'importe qui. Cette fille avait certainement un pouvoir d'hypnose, ou un truc du genre. J'avais beau être habituée à cette faculté, je n'en étais pas moins surprise à chaque fois.

Et puis un garçon qui offrait une voiture au bout de trois jours... Non mais elle les trouvait où, ces copains? Et puis, c'était qui ce gars, sérieux?

- C'était ça que tu voulais me dire?
Demandai-je, laissant mes yeux exprimer tout ce que la situation m'inspirait.

C'est à dire du mépris pour la bonne poire, de l'étonnement, du respect pour Elo', et de l'intérêt pour la marque, l'année de fabrication, la puissance du moteur et la taille du pot d'échappement de la-dite voiture... Que des choses dont Elora n'avait aucune idée, choisissant son véhicule en fonction de sa forme et de sa couleur. Je l'avais vue à l'oeuvre quand il avait fallu lui trouver un scooter. Un enfer!

- Non.
Répondit-elle simplement.

Elle eut un sourire mystérieux. Elle savait pourtant que ce n'était pas le moment de faire du suspens. Je n'étais pas patiente et surtout pas ce matin-là. Je lui fis un regard éloquent en tournant mes paumes vers le ciel d'un air de dire "Elle arrive la réponse?" et elle agrandit son sourire.

- Tu pourrais héberger quelqu'un, s'il te plait? Demanda-t-elle avec un regard angélique innocent.
- Tu trouves que mon appart' ressemble à un foyer d'accueil, peut-être? Demandai-je ironiquement.

Elle me fit un regard suppliant auquel je cédais à contre-coeur. Elle obtenait toujours ce qu'elle voulait, je l'avais dit, mais ce que j'avais oublier de mentionner, c'est qu'elle obtenait toujours ce qu'elle voulait, en particulier avec moi. Et elle en jouait, la sale gosse.

- Qui? Demandai-je.
- Un ami de mon frère. Il vient d'arriver en ville. Mon frère ne peut pas l'héberger et toi, tu as une chambre en plus que tu utilises comme... Je ne sais pas trop quoi...

Elle parlait vite, et toujours avec son air suppliant, comme si elle avait peur que je l'interrompe en refusant sans avoir entendu tous ses arguments. Ce que j'étais, il fallait l'avouer, parfaitement capable de faire. Mais pas cette fois. Je réfléchissais.

C'était vrai que j'avais une pièce dans mon appartement que j'utilisais comme chambre d'amis/débarras/salle de jeux vidéos. Si ça ne dérangeait pas à son ami de dormir avec mon vélo, ma playstation et mon mini-bar, la chambre était à lui. Mais il avait intérêt à ne pas protester si une fête avait lieu et que sa chambre était envahie.

- Il reste combien de temps?
Demandai-je, résignée.
- Le temps de trouver un appart'. Il n'habitait pas sur Lyon avant, mais il a trouvé un boulot, ici. Dit-elle avec un sourire triomphant, comprenant que j'acceptais.
- Il paiera sa part du loyer? Questionnai-je en apprenant qu'il avait un travail.
- Vois ça avec lui.


Je pinçai les lèvres avant de tirer rageusement sur ma cigarette. Elle avait ce qu'elle voulait, je pouvais me gratter pour avoir des informations, maintenant... J'aurais du la faire mariner le temps d'en savoir plus. Des fois, je m'en voulais de la laisser me manipuler comme ça!

- Comment il s'appelle?
Sachant qu'il s'agissait peut-être de la seule question à laquelle elle répondrait.
- Steven.

Elle garda le silence un moment et dit d'un air d'excuse :

- Par contre, c'est un gros dragueur apparemment, tu vois le genre?


Je soupirai. S'il s'agissait d'un ami de son frère, il ne pouvait être qu'un d'un idiot prétentieux se pensant au dessus de tout le monde et surtout des femmes.

- Je saurai gérer. Répondis-je en finissant ma cigarette.

Bien sûr que oui. J'aimais les faire redescendre sur Terre, ces gars-là. Quelque chose me disait que j'allais bien m'amuser à blesser son égo. Je souris et me levai de ma balançoire.

- J'ai écrit une nouvelle chanson, hier, tu veux l'entendre?


Cet article n'est pas trop long, je suis fière de moi (a).^^ Alors, que pensez-vous d'Elora?

# Posted on Thursday, 12 February 2009 at 4:25 AM

Edited on Friday, 31 July 2009 at 3:10 PM

Règle n°3 : Respecter les autres

Règle n°3 : Respecter les autres
Elora n'était pas restée longtemps à mon appartement. Elle avait juste écouté ma chanson, s'était plaint qu'elle était déprimante mais jolie, m'avait demandé de la rejouer parce qu'elle l'aimait puis était partie en me faisant une tonne de compliments. J'aimais lui faire écouter mes compositions, elle savait m'encourager. Sans elle, il y aurait bien longtemps que j'aurais laissé ma mère faire ce qu'elle voulait de moi.

Elle croyait en moi, Elora. Elle comprenait ce que la musique représentait pour moi, elle me poussait à vivre mon rêve. J'avais tendance à avoir confiance en moi, mais face à mes parents, j'avais toujours besoin de son soutien. Je me reposais sur elle quand j'avais un problème avec eux, pour avoir la force nécessaire pour leur tenir tête. Parce qu'elle pensait réellement que j'allais y arriver, un jour, à réaliser mon rêve. Elle était ma première fan, disait-elle.

Lorsqu'elle fut partie, je jetai un coup d'oeil à la porcherie qui me servait d'appartement et entreprit de la ranger. Enfin, un minimum. J'étais fatiguée, j'avais la gueule de bois et une fâcheuse tendance à toujours reporter au lendemain les tâches fastidieuses comme le rangement, ou les devoirs, quand j'allais encore en cours.

Je n'étais pas vraiment une fainéante, en réalité. Lorsque je me lançais dans quelque chose, je m'y mettais toujours à fond. L'ennui, c'était qu'il fallait que ça motive. Et outre le dégoût que m'inspirait l'idée de faire un élevage d'acariens dans mon salon, rien ne me motivait dans le rangement de mon foyer. Il me représentait bien, je trouvais, dans son désordre constant et encombrant. Parfaite image de mon for intérieur. Aussi déséquilibré que moi, en somme.

Je débarrassai rapidement mes meubles des vêtements, triant les sales et les propres afin de lancer une machine lorsque le téléphone sonna. Je n'avais pas de fixe, je me ruinais suffisamment avec mon portable, si bien que l'objet resta introuvable un bon moment. Lorsque je le retrouvai, je n'eus pas le temps de vérifier le nom de l'appelant.

- Allo? Demandai-je précipitamment.
- Tu as trois secondes pour me dire où tu es. Lança la voix sèche d'un homme que je n'identifiai pas tout de suite.
- Et le mot magique? Lançai-je, choquée par le ton de l'individu.
- Lydia, quand j'ai dit que tu étais engagée, je voulais dire que tu étais engagée tout de suite! Tu aurais dû me dire que je ne pouvais pas compter sur toi, ça nous aurait fait gagner du temps à "l'entretien".

La mémoire me revint immédiatement. Alexandre. Le magasin de disque. Mon nouveau travail. Je fronçai les sourcils, affligée par ma propre bêtise. J'avais fait des pieds et des mains pour avoir ce boulot, je n'en revenais pas d'avoir oublié mon premier jour. Le gérant, un homme charismatique qui m'avait toujours impressionnée, ne voulait pas engager. Il n'estimait pas avoir besoin d'aide. Mais je lui avais forcé la main, avait insisté comme seule moi savait le faire. Il avait fini par accepter, convaincu de ma motivation et de mon énergie. Ou barbé, je n'en étais pas sûre.

Un coup d'oeil à ma montre m'apprit qu'il était neuf heures. J'avais une demi-heure de retard. Je me mordis la lèvre, il était hors de question que je perde ce travail aussi bêtement, pas avec toute le temps que j'avais passé à essayer de l'avoir.

- Je suis vraiment désolée, Alexandre. J'arrive dans 10 minutes. Je te promets que ça n'arrivera plus.


Croyez-moi ou non, je pensais sincèrement ce que je venais de lui dire. Ce magasin de disque était une aubaine. Le boulot parfait, celui dont je rêvais depuis longtemps. Passer ma vie entourée de musique avec un homme qui savait exactement de quoi il parlait et qui était encore plus passionné que moi était ce qu'il pouvait m'arriver de mieux. Je respectais vraiment l'endroit et surtout Alexandre.

Il n'avait pas vraiment remarqué que je passais ma vie dans sa boutique avant que je le harcèle pour avoir le travail. J'achetais rarement des CD's. L'argent de poche que mes parents me laissaient avec l'espoir que je l'investisse un jour dans une trousse pour l'école était passé dans mes deux guitares et ma basse.Je n'avais jamais les moyens pour un album, si bien qu'il ne m'avait jamais vue à sa caisse.

Avant que je n'ai eu le temps d'ajouter quoi que ce soit, il avait raccroché. Je savais ce que ça voulait dire : Ne pas perdre de temps à parler afin d'être là le plus rapidement possible. En gros, le temps que je perdais à tergiverser était un pas de plus vers la perte de mon rêve.

Je soupirai, lâchai les vêtements que j'avais dans les mains et pris mes clefs avant de sortir en courant. Oui, oui, j'ai bien dit en courant. Quand je disais que ce boulot était important pour moi. Le disquaire n'était pas loin de chez moi, à à peine un quart d'heure à pied quand je marchais vite. J'arrivais donc 8 minutes plus tard, crachant mes poumons et souhaitant mourir. Merci la cigarette....

Essoufflée, je passai la porte avec fracas, attirant le regard des clients qui examinaient avec soins les merveilles qu'Alexandre vendait. Incapable de récupérer mon souffle, je me penchai en avant, les mains sur les genoux.

- Ce n'est pas comme ça qu'on respire après du sport.
Lança la voix chaleureuse de mon nouveau patron.

Je voulais répondre une remarque cinglante comme j'en avais le secret, mais le souffle me manquait trop. Je me redressai, acquiesçai et me dirigeai vers le comptoir, les lèvres pincées afin que mon halètement ne me rende pas plus ridicule que je ne l'étais déjà.

- Salut. Soufflai-je en essayant de faire abstraction de mes côtes douloureuses.
- Ce sera retenu sur ton salaire. Murmura-t-il avant de s'approcher d'un client qui paraissait en parfaite indécision.

Aussi grand que pouvait être le respect que m'inspirait le bonhomme, je sentais que lui et moi n'allions pas nous entendre. Je rejetai toute forme d'autorité depuis l'âge de 10 ans - et peut-être même avant - et il avait l'air d'être le genre de personne qui aurait eu une magnifique carrière à l'armée. De plus, il était encore plus malpoli que moi. Bon d'accord, j'avais quarante minutes de retard, ce n'était pas rien, mais je m'étais excusée et était arrivée rapidement, non?

Je reprenais mon souffle petit à petit quand un homme s'approcha du comptoir avec un CD.

- Je vais prendre celui là.
Me lança-t-il, fier de lui.
- C'est ce que j'ai cru comprendre. Répondis-je de mauvaise humeur en prenant le CD.

J'avais besoin de me défouler sur quelqu'un. Tant pis pour lui.

Avant de passer le CD sur le lecteur de code-barre, je jetai un coup d'oeil à l'achat de l'homme. J'émis un rictus involontaire et spontané en lisant le nom du groupe que l'homme s'enorgueillissait d'écouter. Trust. Bah voyons...

- On se prend pour un jeune rebelle de la société?
Demandai-je d'un air moqueur.
- C'est ce que j'écoutais quand j'étais ado, se justifia-t-il.

Je levais les mains d'un air innocent.

- Autant pour moi, j'aurais dû comprendre que vous couriez après votre jeunesse perdue. Lançai-je. Votre quête de l'adolescence vous coûtera 17 euros. A moins que votre côté rebelle ne vous pousse à voler le CD.
- Lydia!
Me rappela Alexandre à l'ordre, fulminant.

D'habitude, cette réaction ne m'aurait fait aucun effet. Mais là, je ne trouvais rien à redire face à son regard réprobateur. Il avait raison, j'étais odieuse avec ce pauvre client qui ne m'avait rien fait. De la méchanceté purement gratuit comme moi seule en avait le secret. Mais c'était de sa faute si j'étais de mauvaise humeur, aussi!

Je regardai l'homme de l'air le plus désolé que je pouvais - ce qui était un gros effort sur moi-même, moi qui ne m'excusais jamais d'être moi - et tendit la main pour récolter son billet de 50 euros. Même pas fichu de faire l'appoint ! Les gens, je vous jure...

Il attendit la monnaie et son bien avant de partir sans un mot, les sourcils froncés et la promesse muette qu'il ne remettrait plus jamais les pieds ici gravée sur son front. Je lançai un coup d'oeil à Alexandre avant de détourner le regard. J'avais juste eu besoin de me défouler sur quelqu'un, ce n'était pas de ma faute.

Un autre client arriva avec un CD, je dus prendre sur moi pour paraitre polie et serviable, tandis que je sentais le regard noir d'Alexandre sur moi. Je devais faire de gros efforts pour sourire à l'énergumène qui avait entrepris de ressortir avec un CD de Abba afin de garder mon travail.

Lorsque le magasin fut vide, Alexandre se glissa derrière moi. Je compris alors que je n'avais eu du répit que parce qu'il ne voulait pas faire un esclandre devant ses clients et cette constatation entraina un soupir de ma part.

- Un seul faux-pas et tu dis "Adieu" à ce travail.
- J'étais de mauvaise humeur.
Me justifiai-je en faisant semblant de m'occuper afin de ne pas le regarder.
- Ce n'est ni mon problème, ni celui des clients. Rétorqua-t-il en me tirant le bras pour me forcer à lui face. Et regarde moi quand je te parle!

Je me dégageai instinctivement, fronçai les sourcils et le regardai d'un air de défi. C'était naturel chez moi. Le moindre brin d'autorité provoquait en moi des réactions catastrophique.

- Ne me touchez pas.
Sifflai-je.
- Tu rigoles, j'espère? Je te mettrais une claque si j'ai besoin de ça pour te rendre plus respectueuse. Ton manège marche peut-être avec les autres, mais crois-moi, chez moi, tu fileras droit ou fileras tout court, tu m'entends?
- Je ne suis plus une gamine, et vous n'êtes pas mon père.


J'étais choquée, outrée, fascinée. L'on ne m'avait jamais parlé comme ça, de mémoire d'homme. J'étais une révoltée depuis si longtemps que personne n'avait plus le cran d'essayer de me changer, estimant que c'était ma nature, point.

Il haussa les épaules à ma dernière réplique.

- Fais comme tu veux, mais au prochain manque de respect envers qui que ce soit - et le retard compte pour un - tu es virée. Je serais toi, je me forcerais à être aimable, petite.


Il tourna les talons et rentra dans l'arrière-boutique sans autre forme de procès, me laissant fulminante derrière ma caisse. Mais pour qui se prenait-il, sérieusement? Etre un gérant de magasin de musique ne faisant pas de lui quelqu'un d'important. Il n'avait aucun droit sur moi ou sur qui j'étais.

Je détestais que l'on m'empêche d'être moi-même. Et puis il n'était pas ce qu'il avait de plus poli non plus. Il ne disait pas bonjour, parlait d'un ton bourru et sec et n'avait trouvé le moyen de ne faire que des reproches depuis bien avant mon arrivée. Aucun mot sur le fait que je m'étais rattrapée avec les autres clients. Rien.

Je le détestais. Et si je n'avais pas tant envie de ce travail, je lui en ferais baver. Quelque soit le moyen que j'utiliserais, il pouvait être sûr d'une chose : je me vengerais.

# Posted on Monday, 16 March 2009 at 1:55 PM

Edited on Thursday, 23 April 2009 at 3:16 PM

Règle n°4 : Rester calme

Règle n°4 : Rester calme
Ma journée de travail se passa sans incidents. J'avais décidé de me tenir à carreau, préparant ma vengeance avec soin. Je voulais lui laisser croire qu'il avait le dessus, afin que la chute soit plus terrible quand je lui montrerais qui était véritablement le chef. Et surtout afin de profiter de ce travail pour lequel j'étais motivée, passée ma mauvaise humeur.

J'avais fait toutes les taches qu'il m'avait données, même les plus ingrates comme nettoyer les toilettes qu'il avait mis à disposition des clients, lustrer le comptoir ou ranger le présentoir à CD's en vrac, qui ne devait surtout pas être en vrac, justement.

Alexandre était un maniaque, ou un despote, je ne savais pas vraiment quel était le terme exact, mais en tant qu'ancienne fausse cliente, je devais avouer que c'était très commercial. L'ordre était ce qui permettait de vendre, et c'était la raison pour laquelle son commerce tournait aussi bien, outre le choix incroyable de CD's qu'il offrait.

Je ne lui adressais pas la parole de la journée et il ne me parlait que pour me donner des ordres auxquels je répondais par un docile et hypocrite "Oui, monsieur". Il me parlait sèchement, ne m'aimait apparemment pas, mais s'était rendu compte que finalement, il était pratique d'avoir quelqu'un à qui déléguer le travail de temps à autre.

Il en profitait pour faire ses comptes, ou autres tâches dont je n'avais strictement rien à faire et auxquelles je n'essayais même pas de m'intéresser.

Je parvins, je ne sais comment, à n'être odieuse avec personne, même si plus d'une fois, les remarques blessantes que m'inspiraient les clients me brûlaient les lèvres. Mon seul défaut était mon incapacité totale à feindre ne serait-ce qu'un avatar de sourire et les clients en ressortait avec la certitude que j'étais une très mauvaise vendeuse.

Aussi tentai-je de passer mon temps dans les rayons, afin de faire du rangements parmi les CD que ces imbéciles n'avaient pas été fichus de remettre à leur place, marmonnant des imprécations de mon crue dont j'étais très fière. Etre vendeuse ne m'apprenait décidément pas la sociabilité et je le comprenais en voyant ma haine envers les gens grandir au fur et à mesure que je passais derrière eux.

- Lydia!
Aboya Alexandre alors que je retirais un album de My Chemical Romance des C pour le mettre avec les M.
- Quoi? Demandai-je sans bouger de ma place.
- On ferme.

Je regardai ma montre et constatai avec surprise qu'il était effectivement 18 heures. Je n'avais pas vu le temps passer.

Il m'envoya fermer la caisse tandis qu'il rentrait le présentoir extérieur et verrouillait la porte principale. Alors que je comptais les gains de la journée, il se planta devant moi.

- Demain, c'est le jour des livraisons. Sois là à 6 heures.


Je lui jetai un coup d'oeil en m'efforçant de ne pas avoir un regard trop assassin et acquiesçai avant de reprendre mon compte. Il resta devant moi, observant ma manière de faire.

- Tu comptes vite pour une débutante.


Je haussai les épaules. J'avais toujours été à l'aise avec les chiffres.

- J'ai fait un Bac scientifique. Marmonnai-je.
- Tu l'as eu?

Je ne pus passer à côté de la surprise qui transparaissait dans sa voix. Je n'avais pas le profil de la matheuse professionnelle, c'était clair et nette, mais de là à être étonné que je ne sois pas idiote, c'était beaucoup.

- Mes parents m'ont forcé à le passer, je trouvais stupide de le rater. Admis-je en plissant les yeux d'un air blessé.

Et je ne cache à personne que j'y avais pensé. La honte suprême pour mes parents aurait été que je rate mon bac, en plus du reste. Mais je n'avais pas spécialement envie de perdre mon temps, et redoubler ne me faisait pas plus plaisir qu'à eux. J'avais décidé que plus vite je passais mon bac et plus vite j'en aurais fini avec l'école. Aussi me débrouillai-je pour avoir une mention.

Mes parents ont cru que c'était gagné après ça. Ils me voyaient déjà en faculté de médecine. Ils avaient même déjà envoyé mon inscription. Ils sont tombés des nues quand ils ont vu que rien n'avait changé et que je partais de la maison, valise à la main. La dernière fois que j'ai eu des nouvelles de ma soeur, elle m'avait annoncé qu'ils avaient supprimé mon numéro de téléphone et prétendaient à tout leur entourage que j'étais partis à l'étranger.

C'était débile, j'habitais la même ville qu'eux, n'importe qui pouvait me tomber dessus par hasard, même si je faisais en sorte que ça n'arrive pas. Pour être franche, je détestais tout ce qui pouvait se rapprocher un tant soit peu de mes parents, aussi ne m'aventurais-je jamais dans les lieux fréquentés par leurs amis.

- Et bien, peut-être arriverons-nous à faire quelque chose de toi, un jour.
Lança Alexandre, avec un rictus ironique.

"Va au Diable" pensai-je, sans toutefois laisser ce conseil sortir de ma bouche. J'avais passé la journée à faire attention à tous mes faits et gestes, ce n'était pas pour craquer à la dernière minute. Je préférais l'ignorer, tandis qu'il cessait enfin de s'intéresser à mon comptage pour finir de ranger. J'avais presque fini, de toutes manières.

Lorsque j'eus fini, je me précipitai dehors, sortant enfin mon portable qui n'avait cessé de vibrer toute la journée de ma poche. Ça ne pouvait être qu'Elora et je me maudissais mentalement de ne pas lui avoir dit que j'avais un travail. Maintenant que j'y pensais, elle m'aurait sûrement rappeler de m'y rendre à l'heure.

Je la rappelai, curieuse de savoir ce qui était aussi important pour qu'elle me harcèle durant toute la journée. Avait-elle oublié de m'annoncer que mon futur colocataire était bicéphale et mangeait deux fois plus que la moyenne?

Elle décrocha au bout de deux tonalités.

- Dieu merci je croyais que tu étais morte... Ou pire... Déclara-t-elle rapidement avec soulagement.
- Alors d'une, Dieu n'a rien à faire là dedans et de deux... Qu'est ce qui peut bien être pire que la mort?
- Rien, mais pire que ta mort, il y a tes envies de meurtres.
- Je ne veux tuer personne.
Répliquai-je en fronçant les sourcils, surprise et perdue.

A part Alexandre, mais ça, elle n'était pas sensée être au courant.

- Pas encore, poulette. Mais ça va venir. J'ai oublié de te dire que Steven arrivait dans la journée. Annonça-t-elle très vite.
- Et bah quoi? Répondis-je, ne comprenant ce qu'il y avait de mal.
- Il est déjà chez toi. Ton propriétaire lui a ouvert. Il m'a appelé pour me l'annoncer.

Toute la mauvaise humeur de la journée explosa alors, tandis que je m'éloignais vivement du disquaire.

- Quoi?! Tu es en train de me dire qu'il y a un inconnu chez moi, en ce moment-même?! M'écriai-je.
- Il est très amusé par tes petites culottes qui trainent dans ta chambre, apparemment. Ajouta craintivement Elo.

Je fulminai. Pire, je bouillonnai. De la fumée aurait pu sortir de mes oreilles si j'avais été un personnage de dessin-animé. Il y avait quelqu'un dans mon appartement qui regardait mes sous-vêtements. Je n'arrivais pas à le croire! Il pouvait pas attendre quelques jours, ce con là, avant de m'énerver?

Quel était le problème des gens, sérieusement? Avaient-ils décidé de se liguer pour me pourrir ma journée? J'avais la vague impression qu'ils s'étaient tous inscrit à l'association "Faisons chier Lydia". Si ça les intéressait je pouvais investir dans une banderole, ça leur coûterait moins cher. Allez, soyons fous, je me proposais même pour les badges! Et comme mon appartement était déjà devenu un moulin, pourquoi ne pas le transformer en local pour les réunions, hein? Approuvé?!

- J'te rappelle. Sifflai-je avant de raccrocher et de me diriger d'un pas furibond vers chez moi.

Effectivement, ça allait chauffer.

# Posted on Tuesday, 17 March 2009 at 10:50 AM

Edited on Thursday, 23 April 2009 at 3:17 PM